Lettre à mon corps

Cher corps,

Aujourd’hui je t’écris ces quelques lignes car je crois que je te dois des excuses.

J’ai déjà parcouru beaucoup de chemin dans ma vie, comme tu le sais déjà. Et j’ai souvent emprunté des routes plutôt sinueuses, comme tu le sais également. Parfois j’ai pris ces routes en parfaite connaissance de cause, et parfois non, simplement par naïveté. J’ai pris ces directions sans trop réfléchir aux conséquences, sans trop penser que j’allais te faire souffrir par mes décisions. Alors aujourd’hui, je voudrais m’excuser.

Pardonne moi de ne pas t’avoir compris. Dès mon adolescence, je n’acceptais pas les changements que tu subissais. Je n’aimais pas ce que tu étais en train de devenir. Pire encore, cela me faisait beaucoup souffrir. Je voyais le regard des autres changer sur moi, les moqueries et les injures surgir subitement de nulle part. Tu suscitais tant de mépris que je me suis mise à te haïr à mon tour. C’est à partir de ce moment là que j’ai commencé à te maltraiter. D’abord je te gavais, en espérant apaiser ma douleur. Je t’ai rempli plus que nécessaire. Même si tu me demandais d’arrêter, je continuais, jusqu’à la nausée. Tu as alors gonflé, et les autres me dénigrais d’autant plus, amplifiant non seulement ma souffrance mais aussi la tienne.

Pardonne moi de t’avoir détesté durant si longtemps. Le Monde, la société de consommation ont voulu me faire croire que tu n’étais pas assez bien pour eux. Et donc j’en déduisais que tu n’étais assez bien pour personne, pas même pour moi. Le cerveau lessivé par la pub et les réseaux sociaux, j’ai dépensé beaucoup d’argent dans des produits qui t’ont fait beaucoup de mal, qui t’ont même parfois rendu malade. J’ai abîmé tes entrailles, j’ai entravé ton bon fonctionnement, et je sais que tu en as été profondément traumatisé.

Pardonne moi de t’avoir affamé. Je sais que tu as eu très peur et que tu t’es affaibli à chaque fois que je t’infligeais cette torture. Je comptais les calories et je ne te donnais seulement ce que j’estimais suffisant pour toi. Je t’ en voulais énormément car tu ne changeais pas comme je le voulais et surtout, tu ne le faisais pas assez vite à mon goût. Tu t’es battu pour ne pas perdre tes précieuses réserves, et je t’en voulais encore plus pour cela. Je pensais que tu me narguais, que tu voulais simplement que je continue à souffrir de ma différence.

Pardonne moi de t’avoir négligé. Toutes ces fois où tu me parlais et où je ne t’ai pas écouté. Ces fois où je t’ai traîné de force à la salle de sport alors que tu avais envie de repos; ces fois où tu avais tellement faim mais où je n’ai pas daigné te nourrir. Pardonne moi d’avoir insisté et de t’avoir laissé de grosses séquelles physiques. Je sais que tu en as gardé de profondes cicatrices et des souvenirs traumatiques que tu mettras longtemps à éponger. Tu me rappelles sans cesse ces heures de course à pied éreintantes qui t’ont conduit tout droit au burn-out. Tu me rappelles sans cesse ces blessures qui ne se sont pas encore rétablies, peut-être qui ne se rétabliront jamais.

Aujourd’hui j’ai compris. Je sais que tu es le seul au monde qui ait toujours tout fait dans mon propre intérêt. Je sais que tout ce que tu as toujours voulu c’était me protéger et me garder en bonne santé. J’ai enfin compris que de t’avoir déclaré la guerre n’a jamais rien apporté de bon, ni pour toi ni pour moi. Dans une guerre, il y en a toujours un qui perd et un qui gagne. Et la victoire n’était finalement profitable à aucun de nous deux.

Aujourd’hui je voudrais que tu me pardonnes pour tout ce mal que je t’ai fais. Je voudrais me racheter de mes erreurs et que nous devenions amis. Je veux avancer dans la vie main dans la main avec toi. Notre entente sera bénéfique, génératrice d’un bonheur extraordinaire. Je veux apprendre à mieux te connaître, à être à ton écoute. Je veux t’offrir ce que je t’ai toujours refusé. Tout ces aliments dont je t’ai privé, ce bout de fromage qui te tentait tellement, ce morceau de cake qui t’aurait fait éprouver du plaisir. Plus de crise de boulimie, plus de famine, plus de sport à outrance. Je te fais la promesse de te respecter, de t’honorer enfin pour ce que tu fais pour moi sans interruption depuis ma naissance : me permettre de VIVRE.

Saches que je t’aime, et que je compte te le prouver chaque jour jusqu’au dernier.

Sincèrement,

Moi.”

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